Un Druidisme aujourd’hui

Un Druidisme aujourd’hui

Un lieu, des Dieux, des hommes

IMGP3350Le Druidisme, la voie des Druides, l’ancienne voie des Celtes. Des termes, des mots, des expressions pour définir un lien, un contact, une continuité d’esprit. Les mots sont ce qu’ils sont, et bien qu’ils montrent rapidement leurs limites, il est important de nous mettre d’accord sur les termes, afin de bien nous comprendre, et de ne pas nous égarer.

Le Druide (Dru-Wyd) est le grand sachant, celui qui sait, qui à une vision juste.

Les seules traces tangibles que nous avons des Druides nous viennent des écrits antiques. Strabon, Diodore de Sicile, César, Pline les ont plus ou moins rencontrés , et ont laissé les seuls témoignages utiles pour nous, souvent inspirés d’écrits disparus de Posidonios. Les Druides étaient les prêtres de l’ancienne religion des Celtes, mais pas seulement. Ils étaient philosophes, et les principaux enseignants de cette époque. Il y avait plusieurs types de Druides, avec probablement des rôles très variés selon leur statut et place dans cette hiérarchie. Ainsi, il y avait le Vate, spécialisé dans la médecine, la guérison au sens large du terme, et le Barde spécialisé dans l’expression, garant de la mémoire des peuples, des tribues. Le Druide est vu comme le sacrificateur. C’est lui qui fait offrande aux Dieux, au nom de la communauté. Il y aurait là une différence majeur avec les peuples dit « germaniques », dont chaque « chef » de famille pouvait sacrifier au nom de son foyer.

Ainsi, les Druides, en tant qu’intercesseurs privilégiés, avaient une place particulière dans la société Celtique. Personne ne parlait avant le roi, et celui-ci ne pouvait parler avant le Druide. Le Druide avait donc une influence politique considérable. Ce qui explique l’acharnement de César à les faire disparaître, afin de mener à bien son projet d’invasion de la Gaule.

Magdalenenberg

Magdalenenberg

Les Druides étaient donc des érudits, des « sachants », ayant un pouvoir politique puissant, et représentant la classe sacerdotale, divine, dans la tripartition Dumézilienne . Ce qui a fait dire que le terme de « Druide » était infondé sortit de son contexte. Si l’on se place dans la société Celtique antique, c’ est juste d’un point de vue temporel et politique. Néanmoins, cette position à une vue limitée et limitante pour ce qui nous concerne aujourd’hui, parce que l’on ne parle pas tout à fait de la même chose. Ne serait-ce parce que la société à bien changée. Néanmoins la disparition des Druides antiques ne nous enlève en rien le droit de nous revendiquer d’eux…

Je ne crois pas qu’il y ai de lignée ininterrompue de Druide qui ai perduré malgré les aléas de l’histoire, clandestinement, le l’antiquité à nos jours. Je crois qu’effectivement, à un moment donné, par la force de l’histoire et de la politique Romaine, il y a eu une rupture entre les peuples et leurs prêtres par divers remplacements. Les interdictions répétées à ne pas pratiquer la religion Gauloise, puis la superposition des Dieux Romains ou orientaux, et enfin, l’arrivé du Christianisme on, petit à petit, érodé un mode de vie, de penser, de comprendre le monde. La continuité, le fil conducteur, la consistance en tant que pratique et pensée complète, à certes était rompue. Mais cela ne veut pas dire que tout ait disparu.

César dit, dans la guerre des Gaule, que les Gaulois sont un peuple extrêmement religieux (Livre 6-Chapitre 16). Je me plaît, aujourd’hui, à imaginer le monde Celtique un peu comme ce qu’il peut se passer en Inde ou au Népal, avec les divinités omniprésentes dans le quotidien de chacun et chacune, au coeur de la cité (Car oui, il y  avait déjà des villes en Gaules). Dans chaque maison une divinité tutélaire. A chaque source, à chaque arbre remarquable, un culte était rendu. Et cela, l’appel du spirituel, fait partie du coeur des Hommes. Ce n’est pas par des interdits et un changement de verni que l’on peu mettre un terme à ce genre de chose.

Ainsi, ce n’est pas parce que l’on coupe un fil qu’il disparaît. Les morceaux de fil sont encore bien présents… Jusqu’en l’an 400 et après, des interdictions sont toujours exprimées quant au culte rendu aux sources, aux arbres. Les chrétiens voient d’un mauvais oeil le fait de danser sur les tombes. La ferveur populaire est tellement puissante qu’il est impossible au Christianisme d’éliminer les grandes fêtes Celtiques, qu’elle fera sienne pour pouvoir s’implanter en Gaule. La plus importante d’entre elles est Samonios, période où l’on rend, encore aujourd’hui, hommage aux morts. Beaucoup des saints n’ont rien de Catholiques, et certains sont simplement un vernis Chrétiens mis sur d’anciennes divinités Celtiques. Les remèdes dits de grand mère, qui sont la mise en action d’une certaine pensées magiques ont continués à se transmettre, même s’ils ont bien sûr évolués et changés avec le temps. Cette pensée magique qui est au coeur des rites qui amenaient les gens à mettre des bandelettes de tissus dans les arbres, et à rendre hommage au sources. Ainsi, le coeur de ce qui était bien vivant il y a 2000 ans n’a pas cessé de battre. A ce niveau, il y a une véritable continuité. Les légendes, les contes, les mythes insulaires, et les découvertes archéologiques, nous montrent que les histoires qui sont racontées dans les campagnes depuis des siècles voir des millénaires sont l’échos d’une ancienne pensées, présente sur nos territoires du temps des Celtes. Recemment certains chercheurs (car il n’y a qu’eux que l’on écoute aujourd’hui) auraient même découverts que certains contes remonteraient à la plus ancienne pré-histoire…

Pour qui voudrait redécouvrir le Druidisme aujourd’hui, effectivement, il faut être conscient qu’il y a eu rupture dans la filiation de la lignée des Druides. Par contre, l’esprit lui n’est pas mort. Il est bien présent dans nos territoires. Il est tout autour de nous. Il nous faut simplement chercher, fouiller, creuser, re-découvrir. Cela n’est pas facile, car il faut abandonner le connu, pour plonger dans un monde disparu. Il faut nous défaire petit à petit de notre morale, de notre pensée moderniste, héritée du Christianisme et du rationnalisme. Pour re-découvrir la voie des Druides, il faut s’acclimater à une pensée païenne, bien différente de notre morale ambiante. Il faut également renouer avec la pensée magique, élargir notre vision et notre compréhension du monde, afin d’observer les liens entre toutes choses.

Aujourd’hui, nous sommes dans un contexte bien différent de celui de nos ancêtre. Le spirituel, la pensée magique, la voie des Dieux est de plus en plus mise à l’écart. Chaque croyance est vue comme une superstition, voir comme sectaire. Sortir du moule amène inévitablement au bûché intellectuel de la bien-pensance. Nous sommes dans un monde où l’on nous fait croire que ce qui compte, c’est l’avenir, le futur. Qu’il faut laisser de côté le passé parce qu’il est source d’obscurantisme, de guerres, de maladie, de mort. Devant nous est la lumière, et derrière nous sont les ténèbres.

Nous sommes aujourd’hui une société en roue libre. Qui croie pouvoir faire ce qu’elle veut, être ce qu’elle veut. A coup de massue, on cherche à rompre définitivement avec la mémoire de ce que nous sommes. On cherche par tous les moyens à nous couper de nos racines, qu’elles qu’elles soient. Bientôt les paysans ne toucheront plus la terre, pas un seul morceau de nature restera inexploité.

Pratiquer le Druidisme aujourd’hui c’est chercher nos racines dans toutes les directions. Il y a bien sûr nos liens avec la terre, avec le sol que nous foulons. Célébrer la roue des saisons, le pagus, les arbres et les sources. Célébrer la vie, la mort, les cycles. Il y a aussi le lien avec les ancêtres, avec ceux qui nous ont précédés. Ancêtres du lieu, ancêtres de la lignée, ancêtres du sol. Cela nous amène à réfléchir à la continuité des Hommes dans le temps. Nous ne sommes pas des générations spontanées. Nous venons de quelque part, et c’est ce quelque part qui nous à fait.

Les ancêtres du lieu, ce sont les anciens Celtes, les tribus qui ont foulées le sol sur lequel nous vivons aujourd’hui, et tous ceux qui ont vécu ici jusqu’à aujourd’hui. Ceux qui ont façonnés la terre pour pouvoir en vivre.

Les ancêtres du sang, ce sont ceux de notre famille, qui remonte à l’aube de l’humanité. C’est reconnaître notre lignée, notre continuité. Peu importe d’où l’on vient, nous venons de ce quelque part. Rendre hommage à nos ancêtres, c’est reconnaître cet état de fait. Il ne s’agit pas d’exclure l’autre comme je l’entends trop souvent, mais de reconnaître ce que l’on est soi.

Les ancêtres de la lignée, ce sont les anciens Druides. Nous nous référons à eux comme des exemples, des modèles à suivre dans la manière de pratiquer le culte, de vivre la spiritualité. Bien sûr, cela n’est pas simple, parce qu’il s’agit de reconnaître un temps mythique, et de s’inspirer de ce temps là, tellement éloigné de nos préoccupations modernes. Il ne s’agit pas non plus d’essayer de retrouver ce qui se faisait exactement à cette époque. Il s’agit de s’inspirer de l’esprit, non de la lettre…

En 2016 lorsqu’il s’agit de spiritualité, nous pouvons dire que nous avons le choix. Avec internet et la diffusion massive de l’ information, et la facilité de déplacement que nous avons, tout, ou presque, nous est accessible. Nous pouvons être Bouddhiste, Tantrika, Taoiste, Musulman, Catholique, orthodoxe, Wiccan, Druidisant, Asatru, pratiquer le chamanisme, etc, etc… A défaut de qualité, nous avons une quantité impressionnante de voie spirituelle à notre « disposition ».

Le Druidisme est un choix parmi d’autres, et à ce titre, je ne vois pas pourquoi il ne serait pas respecté. Le Druidisme est le choix de la reconnexion aux cycles de la nature, au monde sauvage, celui de la forêt. La reconnexion avec la mémoire des lieux d’Europe occidentale et centrale. La reconnexion avec nos ancêtres, et ceux qui nous ont fait. Le choix du Druidisme, c’est plonger profondément nos racines dans le sol sur lequel nous vivons. Les bras levés vers le ciel. Solidement ancrés, nous pouvons grandir, et célébrer le monde, célébrer la vie, et sa ronde…

Choisir le Druidisme, c’est chercher le sens de ce que nous sommes, de ce que nous faisons. C’est questionner à chaque instant ce que nous sommes, ce que nous faisons, en regard avec le mythe, avec ceux qui nous on précédés.

Une des particularités du Druidisme dans le paysage païen, c’est cette notion de communauté, d’assemblée. Un Druide peut se retrouver seul à un moment de sa vie, mais pour devenir Druide, il aura dû évolué au sein d’un groupe. D’autres Druides l’aurons guidé, et il aura enseigné aux Mabinogs, au nouveaux, aux curieux…

Etre Druide, c’est s’inscrire dans une continuité d’esprit. C’est aussi avoir une responsabilité. Celle de transmettre à ceux qui cherchent eux aussi le sens…

Oui, en 2016, en France, il existe des Druides et des gens qui suivent ce chemin. Loin des clichés, ils cherchent un sens, une voie qui résonne en eux. Ce chemin est sinueux, fait d’ombres, et de lumière. Il est beau ce chemin, parce qu’il fait écho dans le regard de l’autre.

Le véritable bonheur est celui que l’on partage.

Witto

 

 

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2 réponses à Un Druidisme aujourd’hui

  1. Pichon dit :

    Bonjour,

    Merci cela fait du bien. merci pour ce partage . Écrit avec amour, sans violence, respectons le choix de chacun. Je suis tout nouveau dans le druidisme, depuis 1 mois je fait parti d’une clairière, cela fait vraiment du bien de se reconnecter à ses racines, accueille sans être jugé..ect tout cela je ne l’ai pas tellement vu quand j’était chrétien, le plus où j’était accueille c’était chez les moines. Merci et continuer c’est super ce que vous écriver.

    Gilles

  2. Guillaume dit :

    C’est superbe Witto ! Respect total et Merci !

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