Un souffle dans le silence (Ogham Uir)

Un voyage dans le monde des oghams

Uir, la mort…

Le silence… Un vent frais souffle dans la cime des arbres. La nuit commence à tomber. Au loin, les loups hurlent pour appeler le voile sombre sur la terre.

Le silence… Le crépitement d’un feu nourri du bois de sept forêts. Près du feu, un jeune homme. Pas encore très vieux, mais suffisamment pour connaître la crainte, l’inquiétude à ce que sera le jour d’après… Du moins, si le jour d’après arrive bien…

Le silence… Puis le cris des animaux. Oiseaux nocturnes, rongeurs, renards surtout. Autant d’êtres qui attendent la nuit pour sortir de leur cache, et se montrer aux lueurs de la lune.

Le silence… Silence d’un vieille homme… Un homme sans âge. Il était là au commencement des temps. C’est du moins ce que l’on peut penser en voyant sa longue chevelure argentée… La face burinée par les années, il a connu les anciens temps, les temps de magie. Un temps où l’honneur était une vertu, et la parole donnée était sacrée… Un temps où la vérité était palpable dans les creux des arbres, parce que les Hommes étaient encore capable de voir et d’entendre. Non encore encombrés par l’image qu’ils reflètent dans le monde.

Un ancien, c’est comme cela qu’on l’appelle au village. et le jeune garçon est parti avec lui un soir d’été alors que les soldats d’une armée étrangère étaient occupés à brûler, piller, assassiner… Violer…

Ses parents gisant sur le bûcher de leur demeure écroulée, le petit garçon d’alors n’avait d’autre espoir que celui de suivre cet homme qui lui promettait une solitude moins rugueuse à vivre…

Le silence de la forêt, bien qu’étant interrompu régulièrement par ses habitants, était une lumière à laquelle s’accrocher pour le jeune homme qui cherchait à faire le silence dans sa tête. Il entendait les hurlements, le pas des chevaux fracassant la terre, le vacarme des flammes qui emportaient les maisons. Le silence… Voilà ce qu’il cherchait. Le silence, et puis la paix. Une paix qu’il pensait inaccessible. Alors il se tourne vers le vieil homme, occupé à scruter les flammes comme s’il y voyait les destinées du monde.

-Dis-moi : N’y a t-il que la mort pour trouver un peu de paix ? N’y a t’il que le néant pour trouver un peu de silence dans ce monde plein de haines et de peurs ? La fin, la mort, n’est elle qu’un trou béant dont on n’ a simplement qu’ un aperçu ici sur terre, parmi les Hommes méchants ? Le désespoir prend t-il fin lorsque tout est terminé ? Trouve t-on la fin de la souffrance quand le monde cesse de tourner ? J’ai peur des loups qui hurlent dans la vallée, mais la mort m’inquiète bien plus en cette soirée d’automne où je vois bien autour de moi le monde mourir lui aussi… Si je meurs, penserai-je encore à mes parents ? Leurs souvenirs s’éteindra t-il avec moi ? La mort est-elle la fin de tout ce qui est souffrance et de tout ce qui est bon ?

Le vieil homme sorti de ses visions continue pourtant à regarder les flammes dansées. Il se redresse. Avec une branche, arrange les bûches en laissant des étincelles s’envoler vers les étoiles, comme des petites fées libérées de leur emprise terrestre. Autorisées à retourner en leur demeure bien aimée… Avant de s’effondrer plus loin dans un creux de la terre, leur rêve avorté…

– La mort, la fin… Nécessaire. Nécessaire pour mettre en mouvement. Nécessaire pour transformer le vivant. « La mort n’est que le milieu d’une longue vie… «  Voilà ce que me disaient les anciens alors que j’étais bien jeune… Le milieu d’une longue vie… Ma vie aujourd’hui est bien longue. Et pourtant, j’ai vécu quantité de morts. Je ne cesse pas de vivre, et pourtant j’ai fais le deuil de moi-même autant de fois que le jours s’est levé sur ces arbres…

Non, la mort n’est pas la fin. La mort, c’est une transformation. Il faut savoir dire adieu à l’ancien pour accueillir ce qui doit advenir.

Ce qui fait peur, ce n’est pas de mourir, c’est de ne pas savoir… Et avec cela, il faudra que tu vives. Beaucoup disent « beaucoup » et se gargarisent de leur savoir, alors qu’ils ne font que chercher à être rassurer… et parfois à dominer… Non, l’inconnu restera inconnu jusqu’à ce que la vie fasse se dévoiler le mystère. Mais alors, cet inconnu se sera volatilisé vers un ailleurs, inaccessible pour les Hommes. Impalpable le mystère de la mort. Fascinant autant que dérangeant…

Après la mort, ce n’est pas le « rien » qui nous attend… C’est un « autre chose », un « ailleurs ». Sous une autres forme, c’est continuer à voyager… Et revenir, continuer, changer, se transformer comme le papillon qui se libère de son cocon afin de continuer à propager la vie.

La douleur, les blessures ne disparaissent pas. Elles seront là, toujours présentes. On ne se défait pas de ce qui nous à fait. Mais avec elles, on change, on devient ce que l’on doit être… Si l’on accepte de changer, de quitter. Avec le temps, et avec l’entraînement, cela deviendra plus évident. Néanmoins, les difficultés seront toujours dans ton coeur, parce que tu es un être aimant. Les émotions, les douleurs te tenailleront encore et toujours. Ce qui changera, c’est ce que tu fais malgré tout… Parce que lorsque tu comprends, tu ne tombe plus dans le trou, mais tu apprends à sauter par dessus. Le trou est là, tu peux le regarder, sentir sa présence. Néanmoins, il ne t’empêche plus d’avancer.

Pour découvrir ta destinée, il te sera nécessaire de quitter souvent ce que tu connais. La tristesse de tout quitter sera remplacée par la confiance de ce qui t’attends de l’autre côté.

Mais ais toujours du respect pour la mort, pour la fin des choses. Ne prend pas cet air arrogant qu’on certains, croyant qu’ils ont atteint je ne sais quelle merveille parce qu’ils font croire au monde qu’ ils ne souffrent plus. Bêtise que cela, et mensonge. Ne te laisse pas tromper par toi-même. Vis, ressens… Mais poursuis… La se trouve ta grandeur.

L’automne permet à l’hiver de prendre sa place, qui lui-même va donner sa puissance et sa beauté au printemps. Tout est lié, rien n’est séparer. Les larmes que tu as pu faire couler par le passé sont autant de rivières irrigants ton présent. Il y a du beau à semer, à découvrir et à chanter. Parfois, c’est dans le silence qu’il faut le vivre, mais dis-toi que toujours, la joie, dans ton coeur, tu peux faire germer.

– Alors il n’y a rien à craindre ?

– Non, rien à craindre… Sauf que le feu s’éteigne. Vas nous chercher du bois sec…

Witto

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