Ruis (ogham)

Un voyage dans le monde des oghams

 Ruis 

Un coeur qui saute dans la poitrine d'un géant
Il marche sur la terre, à travers le vent,
Trace les plaines et les montagnes,
Arrache le monde, et le transforme selon sa danse et son chant.

Un coeur qui fait fondre le soleil du monde,
Un coeur qui pénètre les plus insoupçonnés secrets de la terre.
Un coeur qui pleurt, qui hurle et qui saigne.
Un coeur qui jubile, qui célèbre et qui aime.

Le monde de la passion, de l’effervescence, de l’extase, du feu sacré. Ruis nous parle de ce qui monte à la tête par le coeur. Ruis nous parle de ce qui nous fais chavirer, d’un sens ou de l’autre. Il n’y a pas de demi mesure ici.

Ruis, c’est la vie croquée à pleine dent. C’est le monde de la charge héroïque, de la démesure. La passion et la fougue qui se déchaîne dans le coeur de jeunes amants. La force et la puissance de celui qui se bat pour une cause qu’il croit juste.

Tel un feu qui monte et qui éclate avec vigueur, l’ énergie de Ruis peut amener le feu de la colère. C’est la même énergie qui va mettre le feu dans la tête de l’ovate lorsqu’il part en extase vers d’autres cieux, d’autres obscurités.

La colère, la passion, la fougue sont mises de côté dans une société aseptisée. Ces qualités sont l’indice d’un être que l’on ne peut contrôler, qui est prêt à tout dévaster pour ses idées, les êtres aimés, un plus faible, une terre à protéger.

Ce qui ne peut être normé sera écarté, honnit, discrédité… Les excès n’ont jamais bonne presse parce qu’ils sont l’expression de la pulsion de vie à son état pure.

Et alors, petit à petit, l’on essaie de se conformer, afin de ne pas se faire écarter du monde des Hommes, qui nous est imposer. Alors, on devient raisonnable, on s’intègre, et petit à petit, la passion s’échappe… On s’écrase devant la volonté du plus grand nombre, devant l’envie du monde de rester tranquille, et de toujours tourner rond. Ne pas être déranger, ne pas être remis en question, ne pas questionner. Bientôt, on devient nous-même les censeurs de ce fascisme mou qui empêche toute expression de ce qui pourrait être libre et déchaîné.

Dé-chaîné… ne dit on pas de quelqu’un qui est plein de passion qu’il est déchaîné ? Sans chaînes ? Mais comment pouvons nous admettre de vivre la majorité de nos vie enchaînés, et seulement, de temps en temps, de sentir le besoin de s’excuser d’avoir pété les plombs parce que la contrition se faisait trop forte ? Comment peut-on accepter d’être si peu vivant ?

Se soucier du regard de l’autre, de ce qu’il pensera de nous est un moyen de nous intégrer, de faire partie d’une tribu, d’une communauté. Le drame, c’est que, trop souvent, l’on n’a pas conscience de nos mécanismes intérieurs, et l’on se sent libre, alors que nos attaches sont encore bien lourdes… Il sera d’ailleurs bien difficile de s’en défaire tant que l’on ne se regardera pas d’abord dans un miroir avant de juger l’autre de tout les mots.

Se déchaîner, libérer le feu, Vivre, c’est bien, important, et essentiel. Néanmoins, si des gardes fou dans nos psyché existent, ce n’est pas sans raison. La passion, lorsqu’elle est livrée à elle-même, que ce soit sous la forme d’un attachement sensuel puissant, ou de la colère, peut tout emporter sur son passage, sans aucune distinction. Le monde peut alors sombrer dans les flammes, nous ne nous en rendrons pas compte, parce que note cause, notre sentiment sera alors le seul à avoir de raison d’être.

Le feu doit être nourrit, mais la lucidité doit être entretenue, afin d’éviter de sombrer. Exercice de funambule, mais indispensable. Il ne s’agit pas là d’avoir l’air équilibrer vis à vis d’autrui, et de paraître, mais de vivre cet équilibre en soi, afin de tenter, effort après effort, de toucher du doigt, un peu plus à chaque fois, l’Etre. Plonger ses racines profondément dans la terre, et atteindre les étoiles, les bras levés lors de nos prières.

Un moyen traditionnel d’exprimer ce feu, et l’énergie de Ruis, c’est lors de l’extase. Le moment où la tête, le mental se déconnecte et où il est possible d’accéder à d’autres mondes. On largue les amarres, et on part. Avec la nécessité, comme toujours ici, de bien prendre garde à ne pas se faire emporter et dépassé par le flot de ce qui est réveillé. Encore et toujours, il s’agira d’être capable de lucidité, afin de ne pas se faire broyer…

Cuchulainn, alors que le feu brûle en lui, est trempé dans trois bains d’eau afin de parvenir à le calmer. L’eau du premier bain s’évapore au contact de la chaleur du héros. L’eau du deuxième devient chaude à tel point qu’elle fait de gros bouillons. Le troisième, enfin, lui permet de revenir à un état « raisonnable »…

Le feu de Ruis, à manier avec prudence…

Witto

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